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Août

Appel d’une décision de refus d’effacement d’une mention dans le TAJ: compétence de la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel

Le Décret n° 2017-1217 du 2 août 2017 modifiant le traitement d’antécédents judiciaires (JORF n°0180 du 3 août 2017 texte n° 7) vient d’être publié.

Il détermine les modalités de recours contre les décisions du procureur de la République ou du magistrat référent pour les demandes de rectification ou d’effacement du fichier de Traitement des Antécédents Judiciaires.

Il faut rappeler que ce recours s’exerçait traditionnellement devant le Tribunal administratif, suite à une jurisprudence du Conseil d’Etat assimilant le refus d’effacement à un acte administratif faisant grief.

Afin d’unifier ce contentieux avec celui relatif aux refus d’effacement des mentions contenues dans d’autres fichiers, notamment le FNAEG et le FAED, le législateur a organisé le transfert de ce contentieux vers la Chambre de l’Instruction de la Cour d’Appel dans le cadre de la Loi du 3 juin 2016 renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, et améliorant l’efficacité et les garanties de la procédure pénale

Les article 230-8 et 230-9 du Code de procédure pénale modifiés par cette loi confiaient désormais à la Chambre de l’instruction de la Cour d’Appel la compétence pour statuer contre ces décisions de refus d’effacement, l’article 230-11 du même Code renvoyant quant à lui à un décret en Conseil d’Etat, pris après avis de la Commission nationale de l’informatique et des libertés, le soin de fixer, notamment, les conditions de saisine de la Chambre de l’Instruction.

Néanmoins, il aura fallu attendre plus d’un an avant que le décret ne soit publié.

Durant cette période de vide juridique, de nombreux tribunaux administratifs, notamment de PARIS, se sont déclarés incompétents au profit de la Chambre de l’Instruction de la Cour d’appel, au prétexte que la loi du 3 juin 2016 devait trouver une application immédiate s’agissant d’une loi de procédure. Il aura fallu attendre que la Cour Administrative d’appel de PARIS tranche cette question de compétence en estimant que la juridiction administrative devait demeurer compétente jusqu’à la publication du décret précité.

C’est ainsi que, depuis le 2 août 2017, les décisions de refus d’effacement ou de rectification des mentions contenues dans le TAJ peuvent être contestées soit devant le Président de la Chambre de l’Instruction de la Cour d’Appel lorsqu’elles prises par procureur de la République, soit devant le Président de la Chambre de l’Instruction de la Cour d’appel de PARIS lorsqu’elles sont prises par le magistrat référent.

Deux hypothèses sont envisagées par le nouvel article R. 40-31-1 du Code de procédure pénale:

  • Lorsqu’aucune réponse n’est apportée dans le délai de 2 mois suivant l’envoi de la demande d’effacement ou de rectification par Lettre recommandée avec avis de réception, l’intéressé dispose d’un délai d’un mois pour saisir le Président de la Chambre de l’Instruction par lettre recommandée avec demande d’avis de réception ou par déclaration au greffe de la Chambre de l’Instruction
  • Lorsqu’une décision de refus a été notifiée à l’intéressé, le recours doit être introduit dans un délai d’un mois dans les mêmes conditions.

Dans tous les cas, la contestation du refus d’effacement ou de rectification devra être motivée.

Le président de la Chambre de l’Instruction statue, après avoir sollicité les réquisitions écrites du procureur général, par une ordonnance motivée, dans un délai de six mois à compter de la date de réception de la lettre recommandée ou de la déclaration au greffe par le requérant.

Cette ordonnance est portée à la connaissance du procureur de la République territorialement compétent ou du magistrat mentionné à l’article 230-9 et notifiée par lettre recommandée à l’intéressé.

La décision du président de la Chambre de l’Instruction ne peut faire l’objet d’un pourvoi en cassation que si elle ne satisfait pas, en la forme, aux conditions essentielles de son existence légale.

Il convient enfin de préciser que dans une décision 2017-670 QPC du 27 octobre 2017, le Conseil constitutionnel a estimé que le premier alinéa de l’article 230-8 du code de procédure pénale, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2016-731 du 3 juin 2016 renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, et améliorant l’efficacité et les garanties de la procédure pénale, était contraire à la Constitution.

Le législateur devrait ainsi proposer une nouvelle réforme avant le 1er mai 2018, date à laquelle l’inconstitutionnalité prononcée deviendra effective.

Décret n° 2017-1217 du 2 août 2017 modifiant le traitement d’antécédents judiciaires